Naja Chaux

Je suis profilé et effilé pour me faufiler sur les rugosités. Je suis vu comme un gardien, dans votre vision nous pouvons dire cela même si, selon moi, je suis surtout le gardien de rien. Le lieu, les lieux se gardant très bien sans mon concours au-delà de tout beau discours. J’aime le lieu, la réciproque est vraie. Je suis éclatant et luisant je n’ai que peu d’arrête, même si j’ai une belle crête, une spécialité à ma façon que j’affectionne et façonne. Mon aspect ondulé me permet de me jouer des irrégularités pavées sur les chemins croisés, me donne aussi une allure dansante et envoûtante. Je suis de passage, vu comme un sage, ne possédant rien pas même cette sagesse que vous m’attribuez, je suis de ce fait léger et exalté, enjoué à perpétuité grâce à cette légèreté de ne rien être ni posséder. Je ne suis pas ou peu vu, même si mon regard voit clair dans le noir, ma vision perception fait de moi un phare, une métaphore, une symbolique. Mon côté onduleux marque des chemins sinueux, parfois boueux et noueux, je me tapis dans le noir et resplendit de ma clarté, de ma vision perfection qui me fond dans mon environnement sans heurt ni peur. J’aime la solitude qui remplit ma vie telle une amie chère. Nous nous tenons compagnie et avons de longues discussions toutes faites de silence et respiration à peine audibles. Parfois, nous dansons et je l’émerveille de mon hochet accroché tel un jouet pour enfant. J’aime faire des sonorités pour me présenter ou prévenir d’un avenir. Nous sommes des pourvoyeurs, des précurseurs, nous nous manifestons selon vos cœurs et vœux, une peur bien trop exprimée et nous répondons présent, ne pouvant indéfiniment nier ou nous refuser à l’expérience demandée. Nous ne sommes pas là pour déjouer vos terreurs mais pour les laisser se jouer dans la matérialité. Une frayeur souvent partagée. Une surprise tout en piqué, un sursaut dans un saut entre contrôle et incontrôle. De nuances il s’agit et souvent, l’étonnement passé, le jeu peut cesser parfois d’exister. Une longue vie éphémère que vous qualifieriez d’amer, mais l’amertume ne fait pas partie de notre expérience, nous sommes une danse, une transe en mouvance avec la vie. Nous sommes les maîtres des destinées pour ainsi dire, craints, respectés et adorés, notre vie est une ondulation, un rythme chaloupé sans même de pied pour nous porter, transporté uniquement par la vie dans ses aspects les plus variés. D’une crête au sommet, à la plus belle écaille lisse et iridescente telle une belle descente en matière luisante.

Nos possibilités d’extension sont une mission d’accroissement dans les tourments de la matière. Loin d’être vulgaires, nous remplissons, par nos vibrations, des expressions de vulgarisation des jeux dans la matière, permettant à l’entour toutes sortes de tours alliant et allant vers la magie et la frivolité d’ondes réverbérées par nos danses et contorsions jusqu’à une brutale mais non fatale augmentation de position. Notre souplesse en dit long sur notre tournure d’esprit, nous soumettant aux cours et courants de la vie, libres et affranchis de tout jugement. Nous jouons et nous amusons des pierres et terrains en harmonie symbiotique avec la terre qui nous porte, nous apporte vie, et supporte notre corps une fois la dernière lueur arrivée. Nous vivons en osmose environnementale, jouant de nos danses ondulatoires par frôlements légers et parfois appuyés et par stridulations sourdes permettant à notre réceptivité de se mettre au diapason des réponses biotopiques. Nous dialoguons purement et simplement avec notre environnement dans chacun de nos instants. Nous pouvons nous faire enjôleurs et hypnotiseurs en nous transformant en ondulations pures, charmés et charmeurs. Nous portons, à raison, une forme de peur primaire de la première heure, celle qui vous permet de transcender la peur primale du mal qui existe par effet révélateur, pour délier votre clarté, pour vous délivrer et vous inviter à danser au seul rythme existant celui de l’existence, celui de la vie frénétique, telle un groupement, un grouillement de multiples serpents. Un silence, le silence de la vie qui glisse et s’échappe par nombres d’orifices pour reparaître dans des contrées près autant qu’éloignées. Des boucles infinies sans lien et liées entre elles, tel des anneaux de serpent roulés en un cercle sans fin ni commencement. Ainsi est la vie, que nous imageons par nos ondulations, contorsions et vibrations en distorsion, impétueuse et fougueuse. 

Naja Gardien du lieu

vendredi 5 mars 2021 – Villa Silva

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